Les bénévoles de Cantley 1889 rédigent des articles mensuels sur l’histoire locale qui ont été publiés dans L'Écho de Cantley, une organisation sans but lucratif bilingue qui produit le seul journal communautaire de Cantley.
L’article qui suit est reproduit ici avec l’autorisation de L’Écho de Cantley, Juillet 2026, Volume 37 no 12.
En septembre 2000, mon peére, Bob Phillips, a écrit : « Le jour de la féte du Travail, a 13 h, une cérémonie joyeuse a marqué l’aboutissement d’un réve et a créé, en méme temps, une nouvelle source de fierté parmi les citoyens de Cantley. Le maire Michel Charbonneau et trois membres du conseil municipal ont officiellement inauguré le parc Mary-Anne-Phillips. Il y a dix ans (1990), l'idée a été proposée initialement afin de préserver cette parcelle de terrain située sur le chemin Summer et de la transformer en espace vert permanent au bénéfice des visiteurs. Il y a quatre ans (1996), le conseil municipal de Cantley a accepté un don de huit acres riverains offrant une vue incomparable sur le Bas-Gatineau et la silhouette d’Ottawa. »
L'idée de créer un espace vert remontait toutefois a plusieurs décennies. En 1954, mes parents avaient acheté une section rocheuse de la ferme de Ray et Lola Foley afin d’y construire notre chalet d’éteé. On y accédait par un étroit chemin de gravier partant des trois granges historiques des Foley a Cantley et longeant ensuite leur paturage. Ma mere, Mary Anne, artiste de talent, a immortalisé cette scéne champétre dans plusieurs de ses magnifiques tableaux. Ce paysage pittoresque a également inspiré l’artiste A.Y. Jackson, que nous avons croisé a cet endroit dans les années 1950, avec ses pinceaux et son chevalet.
Lorsque j’étais enfant, je me rendais souvent a pied a la ferme des Foley pour leur rendre visite, en m’arrétant pres du paturage lorsque les vaches y broutaient. Les vaches et moi entretenions une relation bien particuliére. Elles s’aventuraient réguliérement sur notre terrain rocheux, souvent a l’aube, et ma tache consistait a les reconduire vers le paturage en frappant des casseroles l’une contre l’autre. Le paturage était un lieu magique. Le long de sa lisiére boisée, nous cueillions d’énormes vesses-de-loup qui semblaient pousser du jour au lendemain a la fin de l’été. En regardant vers le sud, nous apercevions la riviére Gatineau chargée de billots, le barrage et la silhouette d’Ottawa — mon univers urbain. La vue des édifices du Parlement du Canada, découpés a l’horizon, est particuliérement saisissante a l'aube lorsque le soleil rouge se léve. Les soirs du 1er juillet, notre famille se réunissait dans le paturage avec des amis et des voisins pour admirer les feux d’artifice de la féte du Canada éclatant au-dessus de la Tour de la Paix.
Apres le début de l’urbanisation dans les années 1960, des inconnus se présentaient parfois a la porte de notre chalet pour demander a qui appartenait le padturage et s’il était a vendre. Nous détestions l’idée qu’il puisse étre transformé en lotissement résidentiel et pensions qu’il devrait étre protégé comme espace vert accessible au public. Mes parents en ont discuté avec Ray Foley, qui a accepté que, si sa famille décidait un jour de vendre, la nôtre bénéficierait d’un droit de premier refus. Cette situation s’est présentée en 1989. Mon père a alors acheté la ferme (de l’actuelle rue Bosquet jusqu’à la rue La Baie) puis l’a subdivisée. Il ne pouvait se permettre de conserver que le pâturage et a donc dû vendre les autres lots aussi rapidement que possible. Il a découvert que le pâturage n’incluait pas la pente sud donnant accès à la rivière. Après de longues recherches complexes, il a finalement retrouvé le propriétaire à Montréal, qui a accepté de vendre.
En 1990, lorsque mon père a présenté pour la première fois son idée de faire don du pâturage à la municipalité afin qu’il devienne un parc, seuls trois conseillers municipaux ont accepté les conditions selon lesquelles le terrain devait « demeurer vert à perpétuité ». On lui a également demandé de construire d’abord une route publique répondant aux normes municipales, ce qui lui a coûté 10 000 dollars. Cette période a été particulièrement éprouvante pour notre famille. Après six mois d’hospitalisation, ma mère est décédée en mars 1990.
Au cours des années 1990, des bénévoles se sont mobilisés et ont fondé « Les Ami.e.s du parc Mary-Anne-Phillips ». Jacques Leblanc a planté la magnifique haie de cèdres qui borde aujourd’hui la limite sud-est du parc. Les Ami.e.s ont nettoyé la petite baie des billots et des débris laissés par les dernières opérations forestières de 1991, révélant ainsi une plage de sable peu profonde offrant une vue splendide et un endroit idéal pour mettre à l’eau des kayaks et des canots. Wray Koepke a obtenu des traverses de chemin de fer provenant de la voie du train à vapeur de Wakefield afin de construire un escalier de 79 marches menant à la rivière. Les fondations de cet escalier étaient si solides qu’elles ont été réutilisées par la Municipalité lors de sa reconstruction en 2023. Meg et Hans Weber, qui appréciaient particulièrement la baignade à la plage, ont construit la rampe de l’escalier.
Les Ami.e.s ont également réfléchi à l’avenir du parc. Plutôt que d’y aménager des installations sportives organisées comme un terrain de baseball, ils souhaitaient préserver son caractère naturel en privilégiant des activités familiales peu invasives et des événements culturels. Ils tenaient à ce qu’aucun fil aérien ne soit installé afin que les gens puissent y faire voler des cerfs-volants. La vision de mon père comprenait un amphithéâtre naturel avec une scène couverte ou un kiosque destiné aux activités culturelles. Wray a transformé ces idées en plans détaillés du parc afin de les présenter à la Municipalité.
Il a fallu attendre 1996, et le besoin d’un terrain de soccer, pour que le conseil municipal de Cantley accepte finalement le don du parc et les conditions qui l’accompagnaient. Le maire Charbonneau a alors proposé que le parc soit nommé en mémoire de ma mère. L’inauguration s’est déroulée près du nouveau mât de drapeau du parc, à côté d’un gros rocher recouvert qui a été dévoilé solennellement pour révéler une plaque gravée en hommage à ma mère. Pour notre famille, ce fut un moment profondément émouvant, l’aboutissement d’un rêve devenu réalité.