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<em>Echo</em> Cantley <em>Echo</em>

Cet article a été publié par l'Écho de Cantley Février 2021, Volume 33 no 7. L'Écho de Cantley a explicitement autorisé la publication de ces articles pour l'information et le plaisir nos lecteurs.


Jan Turko nous a quittés, mais nous ne l’oublierons pas

Traduction/révision : Oriana Barkham, Chantal Perron et Christine Fournier

Jan Turko est né en Pologne, en juillet 1917. Il est décédé paisiblement en février 2021 à Ottawa, à l’âge de 104 ans.

Pour en savoir davantage sur le vécu de Jan pendant la guerre, consultez L’Écho de novembre 2012. Cet extrait de la vie de Jan à Cantley provient du même article.

Le jeune Jan Turko (date inconnue).

Après la guerre, Jan a été posté en Écosse pour travailler dans les mines de fer. Après avoir survécu à la détention et aux atrocités de la guerre, il ne voulait pas travailler sous terre. Son autre option était d’émigrer au Canada, en Australie ou en Nouvelle-Zélande pour travailler sur une ferme. Cette option offrait aux émigrants un contrat de deux ans et, par la suite, la possibilité de gagner leur vie à leur gré. Jan a choisi l’Australie, mais sa connaissance de l’anglais était alors si médiocre qu’il s’est retrouvé au Canada.

En 1947, Jan est arrivé à bord du navire Dasvidanya au Quai 21 à Halifax où on lui a donné des vêtements de travail et une semaine de repos. Par la suite, il a pris le train pour Ottawa, puis pour Hull. Maynard Burke l’attendait pour le conduire à la ferme de son oncle Tom Fleming à Cantley, nouveau lieu de travail et de résidence de Jan.

Les travailleurs agricoles qui avaient un travail par contrat pouvaient aller travailler ailleurs si les conditions étaient déplorables. Toutefois, la famille de Tom Fleming a accueilli Jan comme un membre de la famille. Pendant sa première semaine à la ferme, comme Jan ne parlait pas anglais, Greg, le frère de Maynard, lui a acheté un dictionnaire polonais/anglais.

Après son contrat de deux ans, Jan a cherché un travail permanent. Il a voyagé vers l’Ouest, jusqu’aux Prairies, sur les trains de la Moisson. Même s’il y avait suffisamment de travaux de récolte, il ne trouvait pas d’emploi permanent et il est donc retourné à Cantley cet automne-là.

Avec l’aide d’un ami de la famille Fleming, Jan est allé à Maniwaki pour travailler comme bûcheron. Les travailleurs débutants étaient d’abord payés au taux journalier. Après deux semaines, ils étaient payés pour chaque corde de bois coupée. Sans expérience comme bûcheron, Jan a dû apprendre rapidement s’il souhaitait gagner sa vie. Il a si bien réussi qu’il a travaillé à la Compagnie internationale de papier du Canada (CIP), pendant 28 ans. Au cours des années, il a appris l’anglais et le français et le fonctionnement d’un remorqueur. Il a gravi les échelons jusqu’à devenir contremaître, avec 60 hommes sous sa responsabilité. Jan a dit n’avoir jamais congédié personne en tant que contremaître. Cependant, il a ajouté avoir eu des discussions avec certains hommes pour savoir si le travail dans le bois correspondait à leurs talents.

Chaque printemps, à la fin du travail dans le bois, la famille Fleming l’accueillait à bras ouverts à leur ferme. Les femmes célibataires de Cantley étaient heureuses de le revoir aux soirées de danse. Il était grand, beau et plutôt bon danseur. Il était ravi d’enseigner la polka à ses partenaires.

Jan a eu une vie longue et extraordinaire. Il montrait avec fierté sa lettre officielle de 1953 qui le déclarait citoyen canadien. Cependant, il n’a jamais oublié sa famille en Pologne. Après 1990, après 50 ans de séparation, il s’est rendu plusieurs fois en Pologne pour renouer avec les membres de sa famille. Plusieurs lui ont rendu visite à Cantley. Grâce à Jan, une de ses petites-nièces s’est établie au Canada.

Jan attachait une grande importance à la ferme, qu’il a achetée par la suite, et à sa famille adoptive, les Fleming, ainsi qu’à ses amis et à la communauté de Cantley. Sa famille adoptive et ses amis l’aimaient aussi beaucoup et se souviendront de lui avec beaucoup de tendresse.

Jan Turko avec du bois qu’il a coupé, fendu et empilé à sa ferme Fleming, Cantley (date inconnue).
Jan Turko âgé de 102 ans, dissimulé derrière son journal dans la cuisine de la ferme Fleming, Cantley. Photo prise en 2018 par Pierre Bélisle pour le Musée virtuel de Cantley.

 

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