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Cet article a été publié par l'Écho de Cantley Mars 2019, Volume 30 no 8. L'Écho de Cantley a explicitement autorisé la publication de ces articles pour l'information et le plaisir nos lecteurs.

Ann Elizabeth Blackburn, agricultrice cantléenne

Margaret Phillips, avec l’aide du fi ls d’Ann, Gary Blackburn. Traduction de Marie-Josée Cusson.

La Journée internationale des femmes est le 8 mars 2019. Cet article vise à souligner le dur labeur et l’importance de tous nos agriculteurs, sans exception... y compris les femmes!

L’histoire d’Ann Blackburn est typique de celle des « femmes d’agriculteurs » de Cantley. Jusqu’en 1940, les Québécoises n’étaient pas reconnues sur le plan juridique. Elles n’avaient pas le droit de vote. Pourtant, la femme d’un agriculteur avait des responsabilités et des tâches exténuantes qui faisaient d’elle une partenaire à part entière de son mari. Sans ces femmes, les exploitations agricoles n’auraient pas subsisté.

Ann et Russel au retour de l’église, leur charrette tirée par Maude. Photo : gracieuseté de Gary Blackburn.

Ann Elizabeth Last (1913- 2006), surnommée « Toots », a grandi sur la rue Montclair, à Hull, avec sa soeur, ses deux frères et son père. Sa mère est décédée six mois après la naissance de son frère. Ann est allée à l’école de la rue Wright, à Hull, où elle a rencontré son amie de toujours qui habitait à Cantley, Doris Gow (petite-fi lle de Donald Gow, propriétaire de la mine Gow/Blackburn). Les deux amies étaient inséparables. En hiver, Ann partait même de Hull en ski pour aller rendre visite à Doris à Cantley.

Ann et Doris aimaient beaucoup aller à la danse du samedi soir au Orange Hall de Cantley. C’est là qu’Ann a rencontré son futur mari, Russel Blackburn. En 1936, ils se sont mariés et ils ont passé le reste de leur vie dans leur ferme de Cantley, sur le chemin Allen (aujourd’hui le chemin River).

Les temps étaient difficiles dans les « sales années 30 » en raison de la Grande Dépression, en particulier pour les agriculteurs. Ann a vite appris ce qu’était le dur labeur d’une femme d’agriculteur à Cantley. Elle s’occupait du ménage, de la lessive, des repas et d’élever ses quatre enfants, et ce, sans électricité, plomberie intérieure, toilette ou eau courante. En plus de ces responsabilités, elle devait faire plusieurs tâches à la ferme chaque jour. Elle nourrissait les porcs, les poules, les canards et les oies, et elle surveillait les vaches. Elle trayait les vaches, écrémait le lait et barattait le beurre.

En été, Ann s’occupait du potager, cueillait des petits fruits et faisait des conserves pour l’hiver. Avec d’autres femmes, elle organisait des activités sociales pour la communauté. Elle cuisinait à l’occasion d’activités tenues à l’église, de fêtes, de piqueniques et de corvées entre voisins. À la moisson, elle faisait à manger à la dizaine d’amis affamés qui venaient à la ferme pendant une semaine pour les aider.

À la période des foins, Ann prenait le foin dans un chariot à l’aide d’une fourche et le plaçait sur un rail, auquel un cheval était attaché. Russel recevait le foin tout en haut, au grenier. Quand Russel criait « trip », Ann tirait sur une corde pour relâcher le foin, au bon endroit et au bon moment. À l’automne, elle aidait Russel à récolter, préparer, mettre en conserve et entreposer les fruits et légumes frais et à corder du bois.

L’hiver, elle se sentait particulièrement seule. Russel passait des journées entières à récolter de la glace, à couper du bois ou à vendre tout cela au marché Byward, à Ottawa. Il était souvent parti pendant plusieurs jours d’affi lée pour déblayer des routes ailleurs. Ann devait alors s’occuper des tâches à la ferme. Chaque jour, en tirant ses quatre jeunes enfants sur une traîne sauvage, elle piétinait le sentier de 640 mètres qui menait les vaches au ruisseau. Ensuite, elle faisait un trou dans la glace pour que les vaches s’y abreuvent.

Vers la fi n des années 1950, la vie d’Ann est devenue plus facile grâce à l’électricité, à la plomberie, au téléphone et à la télévision. Elle a vécu jusqu’à 93 ans, malgré un cancer et une crise cardiaque.

Ann croyait que la vie était diffi cile, mais gratifi ante.


Ann Blackburn (à droite) avec sa meilleure amie Doris Gow (de la mine Gow/Blackburn). Photo : gracieuseté de Gary Blackburn.
Ann adorait ses chevaux. On la voit ici avec Molly. Photo : gracieuseté de Gary Blackburn.

 
Ann Blackburn et sa récolte de fraises. Photo : gracieuseté de Gary Blackburn.
Ann Blackburn. Photo : gracieuseté de Gary Blackburn.