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Cet article a été publié par l'Écho de Cantley Février 2019, Volume 30 no 7. L'Écho de Cantley a explicitement autorisé la publication de ces articles pour l'information et le plaisir nos lecteurs.

La récolte de glace

Margaret Phillips, remerciements à Gary Blackburn et Hubert McClelland. Traduction de Marie-Josée Cusson

Découpe de glace dans le ruisseau La Pêche, chemin Mill, Wakefi eld, 1934. Photo : gracieuseté de la Société historique de la vallée de la Gatineau.

Autrefois, l’hiver était diffi cile pour les fermiers de Cantley. Ils étaient nombreux à laisser leur ferme aux mains de leur femme pour aller travailler ailleurs. Ceux qui décidaient de rester ici s’occupaient de tâches hivernales : des travaux essentiels à leur survie. L’un des plus importants était la production de blocs de glace.

Avant l’arrivée de l’électricité à Cantley dans les années 1950, les gens réfrigéraient leur nourriture dans une « glacière », qui était divisée en deux parties : le compartiment du haut pouvait contenir un bloc de glace et celui du bas, de la nourriture. Un tube de drainage allait du dessus de la glacière jusqu’à un plateau glissé en dessous. Les premières glacières étaient faites de bois doublé de métal. En été, il fallait remplacer la glace aux deux jours. Pour cette raison, il était essentiel d’empiler assez de blocs de glace dans le dépôt de glace de la ferme durant l’hiver pour pouvoir tenir toute l’année.

Le dépôt de glace des McClelland était une remise à paroi double située près de la grange. Pour l’isoler, on avait rempli l’intérieur des murs de sciures de bois et on en avait recouvert les quelque 200 blocs de glace empilés sur six pieds. La plupart des fermiers prenaient leurs sciures de bois chez Anthony Milks ou dans un autre moulin près de chez eux.

Pour le fermier et ses chevaux, la récolte de glace apportait son lot de risques. Quand il voyait qu’il y avait deux pieds de glace dans un plan d’eau, le fermier pouvait y conduire ses deux chevaux et sa charrette. Au moyen d’une tarière à glace, il perçait un trou pour créer de l’espace à la surface de l’eau. Ensuite, il découpait la glace à l’aide d’une longue scie bien aiguisée à une poignée, conçue spécialement pour couper à la verticale. Il devait aiguiser souvent sa scie pour ne pas qu’elle plie. Une fois découpés, les blocs lourds fl ottaient sur l’eau jusqu’à ce que le fermier les monte dans sa charrette au moyen de pinces à glace.

Gary Blackburn et la scie à glace de son père. Ses dents en angle devaient être souvent aiguisées.

Imaginez à quel point il fallait de la force et de l’endurance pour récolter de la glace, en particulier lors des grands froids! Pour faire ce travail, les fermiers portaient des bottes de caoutchouc noir imperméables et non isolées. Quand ils avaient froid aux pieds, ils enfonçaient leurs bottes dans l’eau pour éviter les engelures. On dit que c’est Russell Blackburn qui a rapporté le plus grand nombre de blocs de glace avec sa charrette : 33 blocs. Il les a apportés dans le Marché By, à Ottawa, pour les vendre cinq sous par bloc. La cargaison était si lourde que les chevaux pouvaient à peine la tirer!

Parfois, des tragédies survenaient. Lola Foley raconte que des chevaux se sont noyés à la plage du barrage d’Hydro où son mari entaillait de la glace. Selon Gary Blackburn, il arrivait souvent que des chevaux défoncent la glace. Pour éviter que le cheval se noie, le fermier enlevait le harnais du cheval tombé dans l’eau. Ensuite, il attachait une lanière autour du cou du cheval pour que celui-ci s’étouffe, ce qui le faisait gonfl er et fl otter à la surface. Les autres chevaux tiraient ensuite le cheval hors de l’eau, puis le fermier retirait la lanière du cou du cheval et l’aidait à retrouver son souffl e.

On récoltait la glace dans toutes les eaux qui étaient assez profondes. Les Blackburn la récoltaient dans la rivière Gatineau, au bout du chemin River, et les McClelland la prenaient dans le lac derrière la station satellite et dans le ruisseau Blackburn.

La prochaine fois qu’il vous viendra l’envie de vous plaindre de l’hiver, pensez un moment aux gens qui récoltaient la glace et aux hivers cantléens d’autrefois.

Consultez le site cantley1889. ca pour en savoir plus sur le patrimoine de Cantley.


Glacière, ferme McClelland (au milieu des années 1900) – compartiment supérieur pour le bloc de glace; compartiment inférieur (avec tablettes) pour la nourriture; trou de drainage pour la glace fondue (en bas à droite). Photo : gracieuseté d’Hubert McClelland.
Glacière de 1899, catalogue Eaton : « fabriquée en bois, fi ni antique, loquets en bronze, entièrement doublée de zinc, étagères à provision en fer blanc ».