Articles Cantley 1889

Echo Cantley Echo

Cet article a été publié par l'Écho de Cantley Mars 2017, Volume 28 no 8. L'Écho de Cantley a explicitement autorisé la publication de ces articles pour l'information et le plaisir nos lecteurs.

Le cœur et l’âme de Cantley

Afin de marquer la Journée internationale de la femme, le 8 mars 2017, prenons un instant pour souligner le rôle important que les femmes de Cantley ont joué pour tisser notre communauté bien serrée...

Margaret Phillips, traduction de Marie-Josée Cusson

Pour deux projets auxquels il participe*, Cantley 1889 doit effectuer des recherches et interviewer des aînés de Cantley. Il est fascinant de découvrir à quoi ressemblait la vie à Cantley dans les années 1800 jusqu’au milieu des années 1900. Nous avons appris qu’il existait un grand esprit communautaire et une vie sociale riche à Cantley, en grande partie grâce aux femmes qui y vivaient.

Une « écrémeuse » (de la maison Milks de Cantley) : Chaque jour, au lever et au coucher du soleil, les femmes écrémaient généralement le lait. Lorsque le lait était brassé, sa partie plus grasse s’attachait aux parois de l’écrémeuse et la crème plus légère restait au centre du récipient. La crème et le lait étaient ensuite dirigés vers des embouts distincts. On fouettait la crème pour en faire du beurre ou on la vendait à une crèmerie d’Ottawa.

Les fermes étaient dispersées ici et là, le travail était dur et s’étendait sur de longues heures, les déplacements étaient difficiles, il n’y avait pas de noyau villageois et les gens étaient isolés. Dans ce genre de situation, l’esprit communautaire ne va pas toujours de soi. Pourtant, contre toute attente, Cantley avait une communauté incroyablement fière et bienveillante. Contrairement à de nombreux villages voisins du Pontiac et de la vallée de la Gatineau, la population de Cantley vivait ensemble dans une paix et une harmonie relatives. À Cantley, les francophones et les anglophones ainsi que les catholiques et les protestants ont de tout temps été de bons amis et de bons voisins.

Les agricultrices de Cantley trimaient dur et avaient bien des responsabilités : la traite et l’écrémage (pour vendre la crème), la culture de légumes et la préservation des récoltes. Elles étaient nombreuses à êtres seules pour s’occuper de la ferme en hiver, pendant que leur mari était dans un camp de bûcherons dans le nord. Elles avaient aussi beaucoup d’enfants à élever. Elles cuisinaient, nettoyaient et cousaient sans électricité (jusqu’à la fin des années 1950). Pour prendre son bain, il fallait pomper l’eau à la main, la chauffer sur le poêle à bois et la verser dans la bassine. Les naissances avaient lieu à la maison, en présence d’une amie ou d’une voisine.

Il est difficile de comprendre comment ces femmes trouvaient le temps et l’énergie pour organiser des activités communautaires... sans téléphone ni courriel. La plus importante activité était le pique-nique de Cantley. Les femmes passaient des mois à confectionner des prix et à demander des dons pour les kiosques de jeux, qu’elles montaient et animaient également. Elles cuisinaient tous les mets offerts : jambons cuits, petits pains, salades et tartes (des archives indiquent qu’elles pouvaient faire elles-mêmes plus de 100 tartes la plupart des années). Et elles avaient quand même assez d’énergie pour danser follement jusqu’à minuit!

Le repas de l’Action de grâce tenu au Orange Hall était aussi un événement phare de l’année. Encore là, le repas était fait maison et il y avait une soirée dansante. Chaque samedi soir, tout le monde était le bienvenu au Orange Hall pour danser, jouer aux cartes ou tenter sa chance au bingo. Certaines soirées données par des citoyens étaient réputées, surtout autour de certaines fêtes, et les voisins organisaient régulièrement des soirées de cartes et des rassemblements chez l’un et chez l’autre.

Au fil des histoires que racontent nos aînés, on peut ressentir les liens étroits qui unissaient les gens de Cantley et à quel point ils tenaient les uns aux autres. Pour survivre, il fallait s’aider entre voisins et pour profiter de la vie, il fallait créer ses propres parties de plaisir. Les Cantléennes ont rendu cela possible. Elles étaient le cœur et l’âme de Cantley.

Remarque : Au Québec, les femmes n’ont eu le droit de vote qu’en 1944.

* Les bénévoles de Cantley 1889 collaborent Fairbairn pour monter avec la Maison l’exposition « Femmes remarquables de la vallée de la Gatineau », qui devrait être lancée plus tard en 2017, et avec le Théâtre Wakefield à son projet « Spread the Word », qui mettra en lumière le patrimoine local par des récits et du théâtre.

Les femmes aidaient à la traite et au transport des seaux de lait jusqu’à la cabane où l’on faisait l’écrémage. Mabel Gow (née Fetherston-Haugh) avec ses seaux à lait, avant 1910. Photo fournie par Jeannie Faraday pour l’exposition de photos à la Municipalité de Cantley.
Mavis Barton sur une charrette de foin à la ferme Barton, route St-Andrew, en 1947. Photo fournie par Reta Milks pour l’exposition de photos à la Municipalité de Cantley.

 

Retour au liste...