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Cet article a été publié par l'Écho de Cantley Volume 27 no 11, juin 2016. L'Écho de Cantley a explicitement autorisé la publication de ces articles pour l'information et le plaisir nos lecteurs.

Voies autochtones et premiers habitants : la présence des Premières Nations à Cantley

Partie 2 : de 1 800 au présent

par Wes Darou, traduction : Louise Laperrière.

Partie 1 : de 10 000 ans avant notre ère è 1800

« Il n'y a pas d'histoire de l'humanité, il y a seulement un nombre indéfini d'histoires de toutes sortes d'aspects de la vie humaine. Et l'une d'elles est l'histoire du pouvoir politique. Celle-ci est élevée au rang d'histoire du monde » (Karl Popper, 1945). L'histoire n'est pas monolithique.

Le mois dernier, j'ai écrit au sujet des premiers habitants des terres de Cantley : les Algonquins. J'ai décrit leur histoire jusqu'à environ l'époque des guerres par procuration entre les Français et les Anglais liées à la traite des fourrures.

Vous avez peut être remarqué que, jusqu'à ce point dans nos livres d'histoire à l'école, les Algonquins et les Hurons étaient des gens sympathiques et généreux, mais les Iroquois étaient méchants. Puis comme par magie, vers 1760, les Iroquois sont devenu gentils. Ils étaient de bons cultivateurs et ils nous auraient sauvés des méchants Américains durant la guerre de 1812, entre autres.

En fait, les cultures de la guerre étaient les mêmes pour tous ces peuples autochtones de notre région (et beaucoup moins meurtrières que les guerres en Europe à la même époque). Il est bon de se rappeler qu'à partir de 1534, ce sont les Français qui ont écrit notre histoire, puis après la Conquête en 1760, ce fut le tour des Anglais d'écrire notre histoire. Aux dires de George Orwell, en temps de guerre, « L'histoire est écrite par les vainqueurs ».

Veille église et école à Cascades, environ 1908. Noms écrient sur l'endos de la photo, « Willie Wilson, Dora Wilson, Annie Wilson, Aggie Mahoney, Tom Joynt, Ernie Sully, Indian, Delmer Wilson (born 1899), Jessie Bates, Indian, Maggie, Gail Sully ». Source : La Société historique de la Vallée de la Gatineau.

Le vilain Philemon Wright
Sous le régime français, les Algonquins avaient tôt fait d'établir des droits fonciers dans notre région. Après la Proclamation royale de 1763 qui a établi la base du gouvernement anglais en Amérique du Nord, les Anglais ont essentiellement repris les mêmes conventions et, règle générale, ont respecté les titres et droits des Premières Nations. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la Proclamation royale se nomme aussi la Magna Carta autochtone. À l'avènement de l'Acte constitutionnel de 1791 créant le Haut et le Bas-Canada, un problème est apparu. D'une part, le Département des Indiens chargé des affaires des Premières Nations et basé à Londres cherchait à assurer le respect de la Proclamation royale et la stabilité politique avec les peuples autochtones. D'autre part, le ministère du Bas-Canada responsable de la colonisation, voulait bien sûr, des colons.

Puis arriva Philemon Wright de Woburn, Massachussetts. Dans ses mémoires, Wright explique que peu de temps après son arrivée en 1800, une délégation officielle d'Iroquois et d'Algonquins, (amis à ce point-là) lui a rendu visite. De l'avis de Wright, il aurait réglé leurs revendications territoriales pour quelques 30 dollars (Hughson, 1964/2015). De l'avis des Premières Nations, ce montant aurait probablement été reçu comme faisant partie d'un échange de cadeaux en vue d'établir des relations. Nous ne connaissons pas les attitudes réelles de Wright envers les autochtones, mais selon Smith (2013), les Américains en général étaient beaucoup plus hostiles envers les peuples autochtones que les Canadiens.

Les déplacements du 19e siècle
Suite à la Grande Paix de Montréal en 1701, les Algonquins et les Iroquois de notre région se sont installés dans une grande communauté au lac des Deux Montagnes à Oka. Au 19e siècle, ils sont graduellement retournés vers leurs territoires respectifs. En 1850, par contre, les Anishnabegs de Maniwaki ont établi leur réserve actuelle à Kitigan Zibi.

Dessin : Orianna Barkham, L'Écho de Cantley, septembre 1998.

Les Anishinabegs et les Nippissings ont déposé maintes protestations au Département des Indiens. Ces protestations se voyaient transférées au gouvernement du Bas-Canada qui lui, les a ignorées. De surcroît, jusqu'en 1820, le Département des Indiens aurait même perçu des loyers des colons établis sur certaines îles de la rivière des Outaouais (Morrison, 2005).

Selon l'anthropologue Speck, la perte de territoire, la présence des missionnaires et les maladies ont contribué à détériorer la structure de bande de la nation Anishinabeg. En 1916, la bande de la rivière Dumoine a presque entièrement été anéantie par la grippe espagnole. Les quelques survivants se sont réinstallés au lac Wolfe en Abitibi. Les autochtones de Cantley auraient, soit déménagé au lac Wolfe ou à Kitigan Zibi, soit demeuré à Oka.

Conclusions
Nous pensons souvent que l'histoire de Cantley a commencé en 1800 lorsque Philemon Wright s'est établi à Hull, ou en 1829 avec l'arrivée des premiers colons à Cantley. Or, l'histoire de Cantley aurait débuté il y a 12 000 ans! La Nation algonquine détenait et pourrait encore détenir des droits au territoire.

Antoine Pakinawatik, Chef de Kitigan Zibi Anishinabeg, 1854 à 1874 kzadmin.com/Chiefs.aspx

L'histoire démontre que lorsque Samuel de Champlain, reconnu comme le fondateur de Québec, et par conséquent du Canada, a débarqué en Nouvelle-France en 1603, les Algonquins occupaient un vaste territoire le long du bassin de la rivière des Outaouais jusqu'à la rivière Saint-Maurice. Ils sont devenus les alliés des Français, ont fait la guerre aux Mohawks et ont souvent été déplacés de leur territoire, mais les Anishinabegs affirment ne jamais avoir abandonné leurs droits fonciers. Par ailleurs, ils ont aussi maintenu leurs droits en tant que nation souveraine au sein de la Nouvelle-France et les ont gardés même après la Conquête des Anglais en 1760.

En 1997, la Cour suprême a reconnu la légitimité des revendications territoriales d'autres nations autochtones de la Colombie-Britannique dans un cas semblable à celui de la Nation algonquine. Ce jugement signifierait que les Algonquins détiennent des droits fonciers en vertu de la Nouvelle-France qui n'ont pas été éteints sous le règne britannique.

Selon Jean-Guy Whiteduck, chef de Kitigan Zibi, « Nous, la Nation algonquine, n'avons jamais signé un traité où nous cédions nos terres. Nous n'avons jamais signé quoi que ce soit qui indiquerait que nous avons renoncé à nos droits territoriaux ou que ces droits seraient éteints, et ce, bien malgré le fait que nous avons été forcés de vivre dans des réserves. »

1Voir toutes les références.
2Algonquin est un mot Malécite qui veut dire « nos alliés ». Anishinabe est le terme qu'eux-mêmes utilisent pour se désigner. Ce nom veut dire « peuple des origines ». C'est donc ce terme, Anishinabe, que j'utilise dans cet article.

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