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Cet article a été publié par l'Écho de Cantley avril 2016, Volume 27 no 9. L'Écho de Cantley a explicitement autorisé la publication de ces articles pour l'information et le plaisir nos lecteurs.

Voies autochtones et premiers habitants : la présence des Premières Nations à Cantley

Partie 1 : de 10 000 ans avant notre ère à 1800

par Wes Darou, traduction : Louise Laperrière

Partie 2 :de 1 800 au présent

Les premiers habitants é Cantley ne furent pas les Blackburn, les Milks, les Fleming ni les Foley qui se sont installés ici dans les années 1820. Ce sont des autochtones. Dans cet article, je vais commencer avec l'histoire de la région pour arriver é ce que nous appelons aujourd'hui Cantley.

La répartition des différentes bandes é l'intérieur du territoire. Roland Viau, Les dieux de la terre : Contributions é l'ethnohistoire des Algonquins de l'Outaouais, 1600 é 1650.

Préhistoire
Les premières personnes é visiter Cantley sont arrivées il y a environ 12 000 ans1. Ils étaient probablement des Proto-Algonquins, les ancêtres des Algonquins / Anishinabe2, des Cris, des Mi'kmaqs et d'autres nations. Les Iroquoiens sont arrivés quelques 3 000 ans plus tard et se sont établis é l'endroit où la Confédération iroquoise des Six-Nations vit aujourd'hui, soit au sud du lac Ontario. Ils se trouvaient alors complètement entourés de Proto-Algonquins. D'après les recherches archéologiques, il y aurait eu beaucoup de commerce et d'échanges entre les groupes. Plus au sud, on a trouvé du cuivre du lac Supérieur et plus au nord, du maïs et de la poterie du sud du lac Ontario.

Histoire
Le mode de vie semi-nomade des Anishinabe consistait é une vie de village l'été pour le commerce, la socialisation et les mariages alors que l'hiver, chaque famille retrouvait son camp de chasse familial. Donc, contrairement aux Européens, ils se déplaçaient entre les deux territoires selon un cycle annuel régulier. Bien que la population des villages pouvait se résumer é peu de gens selon la saison, les limites des territoires familiaux étaient bien définies et fortement protégées. C'est pour cette raison, et le fait que leurs activités avaient un faible impact environnemental, qu'on retrouve peu de traces ou d'artefacts témoignant de leur présence dans la région. Cela ne change rien au fait que les Anishinabe ont occupé nos territoires durant des millénaires.

Selon l'anthropologue Frank Speck, les principaux cours d'eau, comme la rivière des Outaouais, la Dumoine, la Gatineau et la Petite-Nation ont toutes servies de routes commerciales et de frontières aux diverses nations anishinabes. La rivière Gatineau faisait partie d'une super-autoroute reliant la baie Georgienne, la Haute-Mauricie, Trois-Rivières et Québec sur le fleuve St-Laurent. À cette époque, on aurait vu beaucoup de circulation en canot sur la rivière Gatineau.

Soit dit en passant, le nom Rivière des Outaouais serait en fait une erreur d'appellation. Bien que la Nation outaouaise naviguait le long de la rivière des Outaouais, une de leurs voies de communication importante vers le sud, ils vivaient plutôt près du lac Huron. Les Français aussi empruntaient la rivière des Outaouais pour les rejoindre, mais les Outaouais n'ont pas vécu dans la région ici.

Aussi, selon Frances Curry, le nom pour la rivière Gatineau en Anishinabe était Tenagagan Sipi, « Rivière des cascades ».

Contact avec les Européens
Au cours des 100 premières années suivant le contact avec les Européens, peu de choses ont changé. La population française se dénombrait é environ 100 personnes. Ces quelques colons ont cependant apporté avec eux des passagers clandestins : des bactéries jusque lé inconnues des autochtones. Ces petits colons invisibles, en particulier la grippe, le choléra, la variole et la rougeole ont fait des ravages jusqu'é décimer certaines régions.

La croissance de la population de colons et le lucratif commerce de la fourrure ont amené d'importants changements. D'abord les Néerlandais, puis les Anglais, se sont alliés avec les Iroquois et les ont armés d'arquebuses, le prédécesseur du mousquet, en vue de mieux contrôler le commerce. Les Anishinabe, eux, étaient alliés des Français qui ne les avaient pas armés. Après avoir chassé tout le gibier de leur territoire, les Iroquois ont commencé é faire des incursions vers le nord, c'est-é-dire en territoire Anishinabe. Quant aux Anishinabe, ils se sont vus obligés de battre en retraite vers les terres intérieures et ne sont pas revenus dans leurs territoires avant la Grande Paix de 1701.

Vase iroquois trouvé près de Wright en 1909. Ottawa Naturalist.

Cantley
Cantley aurait été é la frontière de deux groupes : les Weskarinis centrés sur la rivière de la Petite Nation (la petite nation en question étant les Weskarinis) et les Kichesipirinis centrés é l'île Calumet près de Pembroke. Le nom Kichesipirini veut dire « peuple de la Grande rivière », c.-é-d. la rivière des Outaouais. Ce qui est devenu Cantley et Chelsea aurait représenté le territoire de chasse le plus éloigné des deux groupes.

En tenant compte que le territoire de chasse de chaque famille couvrait environ 22 kilomètres carrés, la population de Cantley aurait compté quelques six familles, soit environ 70 personnes. Des preuves archéologiques et l'histoire orale montrent qu'une partie de cette population vivait en communauté juste en bas des chutes de la Chaudière. Cantley aurait donc pu servir de territoire de chasse pour une famille de ce village. Le court trajet de 10 km en canot de la Chaudière jusqu'ici faisait de Cantley un site facile d'exploitation, voire tout indiqué pour une personne âgée.

Il appert qu'entre 1925 et 1944, une personne autochtone, présumément Anishinabe, aurait été inhumée sur les terres d'une ferme ici é Cantley. La tombe aurait régulièrement été visitée et entretenue jusque dans les années 1950.

Le site archéologique découvert en 2014 é l'embouchure de la rivière Gatineau fut vraisemblablement un site de campement saisonnier où l'on venait y pêcher l'esturgeon. Les artefacts qu'on y a trouvés viennent d'aussi loin que la Pennsylvanie et le lac Supérieur. Les archéologues y ont même trouvé trois foyers, dont deux vieux de 6 000 ans et un autre de 2 800 ans. De toute évidence, ce site a été occupé pendant des millénaires, peut-être jusqu'é ce que l'homme blanc épuise les stocks d'esturgeon !

Partie 2 au mois de juin, j'écrirai au sujet de la Conquête et de ce vilain monsieur Philémon Wright.

1Voir toutes les références.
2Algonquin est un mot Malécite qui veut dire « nos alliés ». Anishinabe est le terme qu'eux-mêmes utilisent pour se désigner. Ce nom veut dire « peuple des origines ». C'est donc ce terme, Anishinabe, que j'utilise dans cet article.


Références

Mohammad Adam (2011-12-14). Algonquins in West Quebec Prepare to Launch Biggest Land Claim in Canada's History, Ottawa Citizen.

Oriana Barkham (1999). Notre rivière Gatineau : Ancienne route de commerce. Écho de Cantley, septembre 1998.

Mathieu Bélanger (2014-09-16). Un site unique sans dimension spirituelle. Le Droit.

Alain Beaulieu et Roland Viau (2001). La Grande Paix : Chronique d'une saga diplomatique. Éditions libre expression.

Randy Boswell and Jean-Luc Pilon (Sept 2015). An 1852 news item and its significance for the Ottawa-Area archaeological record. Ontario Archaelological Society Arch Notes, v20 n5, pp 5-10.

The Canadian Encyclopedia: www.thecanadianencyclopedia.ca/en/article/royal-proclamation-of-1763.

Claude Chapdelaine (1993). Algonquins et Iroquoiens dans l'Outaouais: Acculturation ou confrontation, dans Marc Côté et Gaétan Lessard, Traces du passé, images du présent, Cégep-Éditeur.

Frances Curry (2014). Chelsea Island and Gilours's Gatineau Mills. Up The Gatineau, 40, 34-44.

Chad Gaffield (1994). Histoire de l'Outaouais. Institut québécois de recherche sur la culture.

John W. Hughson, Courtney Bone (1964/2015). Hurling Down the Pine. Chelsea QC: Gatineau Valley Historical Society.

James Morrison (2005). Algonquin History of the Ottawa River Watershed, Winnipeg, Manitoba.

Donald Smith (2013). Mississauga Portraits : Ojibwe Voices from 19th-century Canada. University of Toronto Press.

T. W. E. Sowter (1909). Algonkian and Huron Occupation of the Ottawa Valley. The Ottawa Naturalist, 23.

Frank Speck, "The Family Hunting Band as the Basis of Algonkian Social Organization," American Anthropologist, 17, 2 April-June, 1915, 289-305.

Philemon Wright (1825) "An account of the first settlement of the township of Hull".

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