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Cet article a été publié par l'Écho de Cantley novembre 2014, Volume 26 no 5. L'Écho de Cantley a explicitement autorisé la publication de ces articles pour l'information et le plaisir nos lecteurs.

Pendant ce temps, à la maison...

par Mary Holmes, traduction : Marie-Josée Cusson

L’année 2014 marque le 100e anniversaire du début de la Première Guerre mondiale (du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918) et le 75e anniversaire du début de la Deuxième Guerre mondiale (du 1er septembre 1939 au 2 septembre 1945). Au moins 78 jeunes hommes et deux jeunes femmes de Cantley ont servi dans l’armée au Canada et à l’étranger, au cours des deux guerres. Sept d’entre eux y ont perdu la vie. Mais qu’en est-il des personnes qui sont restées derrière, à la maison?

But what of those at home... ... ... ...

La grippe de 1918

L’épidémie de grippe qui a sévi en 1918 (que l’on appelait communément la « grippe espagnole ») a fait des ravages, lorsque nos troupes sont revenues d’Europe. Ses principales victimes étaient de jeunes adultes en santé. Les registres des églises de Cantley ne révèlent pas un nombre anormalement élevé de décès en 1918 ou 1919. Une jeune fille du nom d’Eva Holmes Maloney avait cependant dû interrompre soudainement ses études secondaires en raison de la pandémie. Elle était pensionnaire au couvent Notre-Dame, à Aylmer, et pour éviter qu’elle se retrouve exposée au virus de la grippe au contact de ses pairs à l’école, son père l’avait ramenée à la maison, à la ferme de Wilson’s Corners, qui leur conférait une certaine sécurité. Les jours passèrent, mais elle ne retourna jamais au couvent pour terminer ses études.

Le rationnement

Au cours des deux guerres mondiales, les vivres et le matériel furent rationnés. Durant la Deuxième Guerre, le rationnement fut introduit en 1942. Le Canada pouvait ainsi s’assurer que sa population au pays et ses soldats postés à l’étranger mangeaient à leur faim et tenir la promesse qu’il avait faite d’aider à nourrir les habitants des pays ravagés par la guerre. Les agriculteurs furent exemptés du service militaire pour pouvoir produire des denrées alimentaires. Environ 50 jeunes Cantléens s’enrôlèrent au cours de la Deuxième Guerre mondiale, mais beaucoup plus furent exemptés en raison de leur travail dans les champs ou les mines.

De nombreuses denrées consommées au quotidien furent rationnées, notamment le beurre, les oeufs, la viande, le sucre (utilisé dans la fabrication d’obus et de bombes), la mélasse (utilisée dans la production de caoutchouc synthétique), le thé et le café (produits importés qu’il devint diffi cile de se procurer). Furent aussi rationnés les métaux, le nylon, le caoutchouc et l’essence, qui servaient tous à produire du matériel de guerre. Le rationnement était certes une source de désagréments, mais n’était pas trop diffi cile à accepter pour la population, qui venait tout juste à de sortir de la crise des années 1930 et avait l’habitude de se débrouiller avec peu. Reta Barton Milks se rappelle que ses parents recevaient souvent des amis de la ville qui leur échangeaient des bons de rationnement pour du sucre et de la farine contre des bons valables pour de la viande et des produits laitiers. Comme ses parents vivaient à la ferme, ils produisaient euxmêmes leur viande, leurs oeufs et leurs produits laitiers (beurre et lait), mais ils étaient heureux d’obtenir des bons supplémentaires pour se procurer plus de sucre et de farine pour cuisiner.

Des nouvelles qui se faisaient attendre...

Dans un entretien réalisé avec Outaouais Alliance en 1987, Lola Burke Foley a rapporté l’expérience de sa soeur en temps de guerre. Grace Burke travaillait à Montréal lorsqu’elle épousa Frank O’Hara, en août 1944. Il travaillait comme contremaître de nuit à la mine Blackburn. Frank partit à la guerre en octobre. Grace fut terriblement bouleversée par le départ de son mari; elle resta quelque temps chez sa soeur Lola, à la ferme Foley à Cantley, jusqu’au moment où elle fut prête à retourner à Montréal où l’attendait son travail, dans une entreprise de teinture et d’encre. Un jour, Frank fut blessé par balle à la jambe et dès que Grace l’apprit, elle devint très anxieuse. Il fut toutefois transféré à l’hôpital St. Mary, à Montréal, où il resta pendant un an.

Les jeunes hommes postés à l’étranger recevaient des lettres et des colis de leurs proches et pouvaient à leur tour leur écrire, mais certains passages de leurs écrits étaient bien entendu censurés. Deux des fils de Martha Wilson Barton (veuve de William Barton), Norman et George, servirent outre-mer pendant la Deuxième Guerre. Les jeunes hommes étaient heureux de recevoir des nouvelles de chez eux et les colis-surprise que leur mère leur envoyait et qui comprenaient des cigarettes que Maynard McGlashan, propriétaire du magasin général McGlashan à Wilson’s Corners, avait remises à leur mère. Les deux hommes revinrent sains et saufs.

Ray Strachan, vêtu de son uniforme, rendait visite à sa famille et à ses amis à Cantley et à Wilson’s Corners avant son départ outre-mer, lors de la Deuxième Guerre mondiale. Comme il y avait du courrier pour l’un de ses voisins au bureau de poste de McGlashan, Ray offrit de l’apporter en allant rendre visite à ce voisin. À cette époque, les hommes en uniforme qui livraient du courrier n’étaient jamais porteurs de bonnes nouvelles. La vieille dame de la maison fut tellement prise de panique qu’elle n’alla pas ouvrir à Ray. Elle ne l’avait pas reconnu, lui qui portait son uniforme.

L’un des trois fils de Thomas Holmes, le sergent Gunner Cletus de l’Aviation royale canadienne, mourut au combat le 24 août 1943. Il s’était enrôlé et avait fait son entraînement à la 3e école de bombardement et de tir à Macdonald, au Manitoba. Il était arrivé outre-mer en mars 1943 et avait immédiatement pris part aux opérations. En août, il fut porté disparu au combat, lors d’opérations aériennes menées dans le ciel allemand. En novembre 1943, la Société internationale de la Croix-Rouge informa la famille du sergent que, selon des renseignements obtenus des Allemands, Cletus serait mort. Enfi n, le 4 février 1944, le Commandement des forces aériennes confi rma aux parents du jeune homme que celui-ci était présumé mort. Il avait 21 ans. Ce fut la fi n déchirante de cette période d’attente ponctuée d’espoir.

A heart-breaking end to a hopeful wait.

Le mois prochain, Reta Barton Milks racontera la vie des petits Cantléens pendant les années que dura la Deuxième Guerre mondiale. Mary Holmes est membre du conseil de Cantley 1889, une organisation de bénévoles formée en 2010 dont le mandat est de préserver, de protéger et de cataloguer l’histoire de Cantley. Les photos, histoires, souvenirs et anecdotes de nos lecteurs sont toujours bienvenus.

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