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Cet article a été publié par l'Écho de Cantley juillet 2012, Volume 24 no 1. L'Écho de Cantley a explicitement autorisé la publication de ces articles pour l'information et le plaisir nos lecteurs.

La Gatineau : notre rivière, notre histoire

par Margaret Phillips, traduction par Marie-Josée Cusson

Bien que la magnifique rivière Gatineau longe l'extrémité ouest de Cantley, ce n'est qu'assez récemment que les gens ont commencé à s'établir sur ses rives afin d'admirer sa vue, de s'y baigner et d'y faire de la navigation de plaisance. Il y a à peine 20 ans, il aurait été impensable - quoique, avec le recul, cela aurait été toute une chance - d'y acheter une terre pour bâtir un chalet, puisque d'immenses estacades retenant des billots de bois flottaient à la surface de la rivière, occupant tout l'espace d'une rive à l'autre.

Un « bateau rocher » dont se servaient les remorqueurs, vestige de l'époque de la drave qui a duré quelque 160 ans à Cantley.

Ma famille a eu la chance de s'y établir. Au début des années 1950, elle construisit un chalet en bordure de la Gatineau, devant une petite étendue d'eau qui était heureusement exempte de billots et où nous avons pu apprendre à nager. Nous attrapions au lasso le plus grand et le plus lisse des billots pour partir au grand galop, nous nous placions sur les morceaux de bois submergés et passions en équilibre d'une estacade à l'autre, prenant appui sur les grosses chaînes qui les liaient. L'un de nos voisins, quant à lui, gardait la forme en traversant la rivière en ski de fond, à même les billots! Le grondement familier des remorqueurs et les salutations amicales des draveurs s'ajoutent à ces souvenirs heureux des étés de mon enfance à Cantley, passés aux abords d'une rivière où se berçaient les billots.

De gauche à droite : deux marteaux forestiers (pour apposer le cachet du propriétaire), un assembleur de chaînes (pour attacher les chaînes des estacades), trois porte-bûches (servant aussi à porter la glace) et une tarière, en avant-plan.

En 1832, alors que notre rivière était un torrent tumultueux où se côtoyaient rapides et chutes d'eau, les trois fils de Philemon Wright obtinrent leur droit d'exploitation forestière du Bureau des bois de la Couronne. La drave fut le fleuron de notre région pendant quelque 160 ans. Cette grande industrie occupait de nombreux employés en remorquage et des centaines d'hommes, dont la tâche était de dégager les billots coincés dans le rapides ou de remettre à l'eau le bois échoué sur le rivage.

Malgré la construction des barrages des rapides Farmer et de Chelsea, et de la grande crue de la rivière Gatineau qui a causé une inondation en 1927, ces eaux, maintenant limpides, étaient à l'époque jonchées d'estacades. Un couloir de plus d'un mille avait même été construit pour guider les billots à travers les barrages.

Chacun des millions de billots portait le cachet de la société à qui il appartenait. Jusque dans les années 1960, à Pointe-Gatineau, les draveurs, juchés sur les estacades, triaient les billots selon le propriétaire, guidant chaque billot vers le canal qui allait le mener au bon moulin. Lorsque la compagnie E.B. Eddy décida de ne plus se servir de la Gatineau, cette façon de faire devint désuète.

Quelque 50 hommes et 20 remorqueurs s'affairaient sur la rivière, faisant passer chaque été environ 400 000 cordes de bois dans le tronçon de la rivière longeant Cantley.

L'organisme Cantley 1889 a recréé l'époque de la drave à Cantley dans une exposition d'artefacts originaux. On voit ici (au mur) une scie à bûches, une scie à archet et une scie à débiter; (sur la table) une gaffe et un tourne-bille, un franc-renard, une hache et des chaînes d'estacade.

La Gatineau fut l'une des dernières rivières où l'on arrêta de pratiquer la drave, en 1993, après la plupart des rivières canadiennes.

De nos jours, l'oeil attentif peut encore remarquer des vestiges de l'époque de la drave le long de la rive rocheuse et sur les îles, par exemple des anneaux de fer incrustés dans la pierre. À l'époque, lorsqu'il y avait un vent du sud, les draveurs devaient attacher leurs radeaux l'un à l'autre, puis à ces « bateaux rochers » qui, à même la rivière, leur servaient d'ancre. Ils servaient également à attacher les estacades. Ouvrez l'oeil : vous pouvez encore en voir le long des berges ainsi que des maillons de grosses chaînes et d'immenses crochets.

L'organisme Cantley 1889 a organisé une exposition fascinante réunissant des artefacts originaux datant de l'époque de la drave. Gaffes, tourne-billes, francs-renards, tendeurs et assembleurs de chaînes, scies et haches : autant d'artefacts symbolisant notre histoire riveraine. Lors de l'événement « Pagaie patrimoniale », qui a eu lieu le 10 juin dernier, ces artefacts ont été exposés à La Grange de la Gatineau. On y a également présenté un film de l'ONF intitulé « La Drave » (ou « Log Drive » en anglais). Certaines personnes nous ont demandé de présenter cette exposition ailleurs dans la région, alors c'est à suivre.

Vous pouvez bien entendu aller voir le remorqueur historique de Cantley à la plage du parc Mary-Ann Phillips, où vous pourrez également faire saucette dans notre rivière Gatineau, d'une eau limpide et exempte de billots.

Margaret Phillips est la présidente de Cantley 1889. Cantley 1889 est une association vouée à « découvrir, cataloguer, protéger et promouvoir notre patrimoine ».

 

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